3ème exercice

Aller en bas

3ème exercice Empty 3ème exercice

Message par Christèle Bergeret le Jeu 31 Jan - 21:53

C'est le matin, dans un coin de montagne, en Ubaye à 2000m d'altitude. Le ciel est d'un bleu franc, intense et il contraste avec la roche brune, le vert des mélèzes et de l'herbe. Je ne cesse d'être émerveillé par la beauté de la montagne et je ressens dans mon cœur une joie intense d'être là. L'air est vif et quand je respire je sens sa fraîcheur me saisir le fond de mes narines et de la gorge. Une fine buée sort de ma bouche, presque imperceptible. Je sors le troupeau de son parc de nuit. Les brebis prennent le biais que je leur indique avec l'aide de mes chiens. Les patous viennent me faire la fête et sont excités de pouvoir prendre leur liberté. J'ai le cœur léger, un peu excité aussi par cette journée qui se présente bien. Ça fait plusieurs jours qu'il fait mauvais et la perspective d'un soleil présent m'apaise et me réconforte. Pour l'instant il est derrière la montagne et la nature est encore enveloppée d'une ombre fraîche et vivifiante. Je suis mes brebis car elles savent où trouver la bonne petite herbe dont elles sont si gourmandes. Je dois tenir la cadence car elles sont déterminées et n'attendent pas leur bergère. Mon souffle est court, mes muscles ne sont pas encore chauds. Il ne faut pas qu'elles me sèment. Je prends place sur un monticule d'herbe et de cailloux pour avoir une vue d'ensemble. J'en profite pour poser mon sac à dos à coté de moi afin de soulager mon dos et je pose mon bâton de marche contre un rocher. Je distingue l'arrivée de la ligne nette entre la lumière du soleil et celle de l'ombre de la montagne qui se retire. Cette ligne progresse tout doucement au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel. La lumière vive prend sa place, enrobe l'herbe, les mélèzes jusqu'à leur cime, les pierres et le troupeau. Tout change de teinte, s'illumine. J’attends avec une certaine impatience qu'elle me prenne aussi car je sais déjà l'effet qu'elle va produire sur moi. Elle avance, avance et ça y ai, je la sens, elle est là et elle me chauffe. Oh comme c'est bon. Mes épaules se détendent, se décrispent. C'est comme une caresse. Je courbe la tête, présente ma nuque comme pour inviter cette source chaude à rentrer encore plus en moi. Je ferme les yeux pour m’imprégner de ses bienfaits. Et puis je les ré-ouvre car je dois aussi veiller sur mon troupeau. Et là je vois mon ombre. Elle s’étale devant moi. Elle est longue et fine. Je bouge un peu et l'observe. Elle ondule. Ça m'amuse, alors je bouge plus, je danse sur place. J'écarte mes bras, courbe le dos, balance les hanches et apparaît en face de moi un oiseau. Un aigle. Je suis stupéfaite par la ressemblance. J'étends le plus possible mes bras, leur donne de plus en plus d'envergure, soigne leurs courbures, déploie mes ailes. Je ne fait plus qu'un avec l'oiseau. Je suis l'oiseau. Je déploies les ailes. Mes pieds quittent le sol. Ça tire sur mon dos lesté par le poids de mon corps. Alors je renforce mes battements d'aile pour prendre mon envol. Dans un même effort, je serre mon ventre, ramène mes genoux sous ma poitrine, soulève mes fesses et dans un élan libérateur allonge mon corps pour prendre une position horizontale. Je vole. Youhou, je vole !!! Je continu à battre des ailes et je prend de plus en plus de distance avec le sol. Mon angle de vu s'élargit et le paysage commence à défiler sous moi. Je prend de la vitesse. Mes chiens, mon troupeau s'éloignent et deviennent de plus en plus petits. Je suis surprise car j'ai une vue très net. Je vois le tout petit comme le très grand avec une grande précision. Une grande sensation de liberté m’envahit. Je me sens toute légère et dense à la foi car l'air  m'entoure, m'enserre, rabat mes plumes sur mon corps.  Il m'enveloppe et me porte à la fois. Je flirte avec ses courants chauds ou froids, ses différentes densités.  Je me fraye un parcours entre les sommets, au dessus des prairies, entre les arbres. Je passe au dessus de chamois d'assez prêt pour les taquiner. Ils décampent et dévalent avec dextérité les pentes abruptes. Je croise d'autres oiseaux, deux choucas qui viennent m'embêter pour me dissuader de rester sur leur territoire. Je continue d'explorer mon alpage d'en haut, quand me viens l'envie d'aller plus loin. Alors je prends un courant ascendant et monte en altitude dans une grande spirale. Je me dissocie du monde terrestre. L'air se rafraîchi, la lumière deviens plus intense. Je plisse les yeux pour les protéger du vent. Je me laisse porter, je file. Mon regard se fixe sur l’horizon qui est loin, si loin.  Mon instinct me porte vers le sud. Au fur et mesure que j'avance, les paysages se transforment, la végétation et les couleurs changent, l'atmosphère devient petit à petit plus douce. Au bout d'un certain temps la ligne d'horizon s’aplanit. Elle devient moins précise car la couleur du sol bleuâtre se mélange au ciel légèrement voilé par des bandes de nuages. Je comprend ! C'est la mer ! Plus j'avance et plus la côte se dessine. Des rochers alternent avec de grandes pairies herbeuses. Je sens un petit goût salé dans mon bec. Je m’aperçois que tout ce voyage m'a fatigué et que j'aimerai faire une petite pause. Et les rochers m'attirent. Peut être par ce qu'ils me sont plus familiers. La forme d'une citadelle se précise. Elle a presque la même couleur que les pierres sur lequel elle est construite. J’amorce une descente mais mon attention est tellement focalisé sur le sol que je ne vois pas le vole en escadrille de quelques canards et je manque de peu de les percuter. Ils sont surpris et leur ligne de vole en est perturbée et désordonnée. Ils se reprennent vite, se remettent en ordre et continuent leur trajectoire. Mon cœur a fait un sacré  bon dans ma poitrine et je me rend compte que je suis exténué de mon long voyage. L'envie de me poser devient pressente. J'amorce ma descente un peu précipité, plane au dessus d'une grande pelouse fraîchement tondue et de façon précise je me pose avec dextérité sur le haut d'un mur de pierre. J'écarte mes ailes, m'ébroue de tout mon corps, replie mes ailes et ferme les yeux pour faire redescendre toute la tension physique de ce voyage. Je me recentre et attends que se calme ma respiration et les battements de mon cœur. Au bout de quelques minutes j'ouvre les yeux. Avec mon bec, je remet de l'ordre dans mon plumage et je sens la pression de sa pointe sur ma peau et cela me procure des frissons. Je regarde autour de moi. Je suis sur les renforts de la citadelle en ruine. Les murs sont hauts et érodés. En contrebas je vois que la côte est sauvage. Les rochers plongent dans une eau limpide. J'arrive à voir le fond dont les teintes sont verdâtres et brunes. La mer est calme. Juste un petit mouvement de va et viens produit un léger son de clapotis. Le soleil est assez haut dans le ciel et il fait chaud. L'air me semble plus lourd à respirer que dans mes montagnes. Au dessus de moi il y a des oiseaux blanc qui volent, des mouettes. Je sens une certaine tension, elles sont énervées. Je pense que ma présence les gène. Un aigle au bord de mer, c'est pas normal !  Elles perçoivent un certain danger. Le bruit d'un moteur approche. C'est un bus. Il se gare, les portes s'ouvrent et un groupe d'humain en sort. Ils font du bruit, commentent ce qu'ils voient, s'extasient devant le paysage. Certains s'étirent, d'autres sortent leur appareil photo. Un homme s'adresse à eux et les invitent à le suivre. Le troupeau se dirige vers le fort et y pénètre (ça me rappel quelque chose!!!). Tout ce remue ménage a attiré l'attention des mouettes et j'en profite pour décoller. Je cherche un autre reposoir, plus en retrait, plus tranquille. Un rocher se détache à l'horizon. Il est là, seul au milieu de l'eau tel une sentinelle qui veille. Je le rejoins et m'y pose. Il est massif, un vrai bloc que rien ne peux déroger. Il a toujours été là. Malgré le mouvement perpétuel des nuages, du vent, de l'eau, du temps qui passe marqué par l'histoire des hommes et le cycle des saisons, il ne bouge pas, fidèle, imperturbable. Je suis émue par ce qu'il est, ce qu'il génère. Je sens sous mes pieds sa texture abrasive, la chaleur du soleil qu'il restitue, sa masse immergée et celle à l'air. Je me sens happé par sa matière, elle me prend, elle deviens moi et je deviens elle. Je sens son immobilité sereine devenir mienne. Je sens que le temps m'a façonné, transformé lentement, très lentement dans les profondeurs de la terre au fin fond de la mer. Je suis la roche dure, dense, une empreinte originelle. Je reconnais la terre à laquelle je suis rattachée, l'eau et tous les êtres qui y vivent et qui m'entourent. Le faune et la flore marine jusqu'aux tout petits organismes microscopiques. Je sers d’abri aux poissons, les coraux s'accrochent, les coquillages trouvent de petites aspérités pour s'y calés. Je sens la masse de l'eau et la pression quelle exerce sur moi. A mon sommet je sens les embruns humidifier ma surface, le vent à mon contact émettre un bruit de frottement, les oiseaux se poser et décoller dans un froissement d'ail, la pluie me fouetter par grands vents et le soleil réchauffer ma matière de nature froide. Je suis témoin passif de l'histoire de cette côte, de la vie des femmes, des hommes, des enfants qu'ils l'ont foulé. Ils s'y sont baladés, ont joués, s'y sont cachés... Je les ai vu construire la citadelle, monter pierre par pierre ses hauts murs et ses tourelles. Ce bâtiment servait à veiller le large en cas d'invasion. Il y avait du monde, une effervescence du à une vie militaire active. Les hommes étaient de différentes origines. Ils portaient des uniformes bleus clairs. Ils ont combattus avec leurs canons, leurs fusils pour repousser des adversaires venu de la mer mais aussi de la terre. Et puis les militaires sont partis. Plus personne n'a vécu n'y entretenu ces lieux. Les villageois des alentours ont vidé les lieux des matériaux pouvant leur servir. Tout est resté à l'abandon durant plusieurs décennies jusqu'à ce que ce lieux devienne un monument du patrimoine historique. Il a été ré entretenu pour pouvoir accueillir des curieux, des contemplatifs, des personnes d'ici et d’ailleurs. Je prend une grande aspiration, rempli mes poumons de l'air marin, expire doucement comme un soupir. Je sens quelque chose d'humide toucher mes doigts, et puis donner de petits coups dans le creux de ma main. J'ouvre les yeux je vois ma chienne qui essaie d'attirer mon attention avec son museau. Je lève mes yeux et vois mon troupeau reprendre son itinérance. Alors je récupère mon sac, mon bâton et je reprend le court de ma garde avec l'étrange sentiment d'une imperceptible métamorphose au fond de moi.

Christèle Bergeret

Messages : 46
Date d'inscription : 14/01/2019

Revenir en haut Aller en bas

3ème exercice Empty Re: 3ème exercice

Message par Admin le Sam 2 Fév - 18:46

Merci Christèle pour ce très beau récit. On se laisse transporter très facilement dans ton monde imaginaire car tous les ingrédients y ont été incorporés, que ce soit de la description, des sens et des émotions, c'est vraiment très bien. Le seul bémol que j'ai a mentionné, c'est le fait que tu te sois transformé en aigle. Tu devais vivre cette expérience dans ton corps d'humaine et non te transformer en animal. Cependant, j'ai apprécié ton récit car on sent que tu t'es complètement projeté dedans, et ça, c'est super Very Happy
Admin
Admin
Admin

Messages : 858
Date d'inscription : 15/01/2017
Age : 46

http://com-animale.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum