Exercice 3 - Oies sauvages

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Exercice 3 - Oies sauvages

Message par a.roque le Mer 15 Fév - 22:54

Je suis à la tête du convoi. Dieu qu’il fait froid là-haut ! Même si je suis une oie, j’en ai la chair de poule. Le comble tout de même ! Je sens le vent contre mon plumage. Je suis prise d’un frisson. Le vent tente tant bien que mal de s’immiscer entre mes plumes, mais il glisse. Je le sens comme résister contre moi, appuyer sur ma peau alors que je fends l’air et m’élance à toute vitesse, libre et sereine. Inconsciemment, je cherche les courants d’air chaud qui me feront monter plus haut. Que c’est un agréable un peu de chaleur à cette hauteur. Ca a quelque chose de rassurant, d’apaisant. Mon cœur se remplit de cette chaleur. Ce n’est pas évident de se maintenir stablement à cette hauteur. J’ai beau être grande, je me sens tout petite là-haut. J’en profite pour ressentir mes ailes de toute leur longueur, jusqu’au bout de mes plumes et prend conscience de mon corps d’oiseau. Mes épaules me paraissent moins mobiles mais robustes. Je ressens toute la longueur de mon cou. Ses mouvements ne sont plus les mêmes. Je ne sais pas si c’est le vent qui m’empêche de tourner la tête ou si c’est mon cou qui ne me le permet plus. J’ai l’impression que ma tête est clouée sur place pendant que le reste de mon corps s’agite pour voler et accompagne ce vent à l’odeur iodée. Je ne peux même pas regarder mes camarades. Alors je pousse un cri. Un cri grave, venant du fond de ma gorge. Il me gratte la gorge d’ailleurs ce cri. En ouvrant le bec, je me prends le vent de plein fouet dans la bouche. Cela me coupe presque la respiration. La prochaine fois, je garderai le bec fermé !

Nous décidons de descendre, cela me soulage. Je me sens fatiguée. Mes épaules commencent à avoir du mal à continuer leur mouvement, et je me sens oppressée par le vent qui résiste sans cesse contre mon corps. C’est comme si j’étais courbaturée, faute d’avoir l’habitude de voler régulièrement. Nous virons tous à droite, dans un seul mouvement, unies. On baisse l’aile droite et on monte l’aile gauche pour entamer la descente. Wahou ! Ca me fait remonter le cœur dans ma poitrine, comme si nous étions descendus trop vite. Cela me rappelle lorsque je faisais de la balançoire étant petite et que je sautais une fois en haut. J’avais l’impression que mon cœur remontait d’un coup et aller exploser. La seule solution pour faire passer cette sensation à la fois grisante et dérangeant était de crier le plus fort possible. Le cri libérant tout la pression qu’on avait alors au niveau du cœur. J’adorais ça. Je garde quand même les yeux ouverts afin de voir où je vais. Je contemple et surplombe le monde. C’est beau, c’est vert, c’est gris, c’est bleu, c’est à couper le souffle. L’émerveillement me fait oublier la fatigue et, malgré l’effort physique que me demande ce vol, je me sens légère. Comme une feuille bercée par le vent. J’ai l’impression de surfer sur l’air. Je peux aller où je veux, je suis maitre de mon corps et de ma destination. Ca change de la vie de tous les jours où l’on n’avance pas toujours comme on veut. Là-haut, on sait où l’on va et je me sens libérée d’un poids à cette idée.

Mon cœur bat fort au fur et à mesure où nous nous rapprochons du sol. Le plus gros effort à fournir arrive : amortir l’atterrissage et se retrouver happé par la gravité à nouveau, par les soucis aussi sans doute. D’un coup, je me sens lourde. Je sens l’herbe fraîche sous mes grands pieds palmés. Je ne me sens pas à l’aise dans ce corps : mes genoux ne se plient pas dans le sens habituel et ma démarche est chaloupée. Cela me rappelle la scène avec les oies Amélie et Amélia dans le dessin animé « Les Aristochats » et je comprends mieux la caricature ! Nous nous dirigeons vers l’eau, sans dire un mot. Pas besoin de parler. Je ressens ce lien qui nous uni. Une simple pensée suffit et le groupe s’exécute. Pendant que j’avance, je sens que l’avant de mon corps m’emporte, comme si tout mon poids se trouvait au niveau de mon poitrail. Ca demande un bon maintient d’être une oie ! J’avance donc plus lentement et maladroitement que les autres, très concentrée et appliquée à bien faire.

J’appréhende un peu d’aller dans l’eau car je suis très frileuse et vu le vent, je doute que l’eau soit très chaude. J’avance tout d’abord mes pieds, que la mer vient délicatement caresser dans un bruit de clapotis. A ma grande surprise, je ne ressens pas de grand froid. Juste une légère sensation. Je marque un temps d’arrêt pendant que l’eau clapote sur mes palmes. Puis j’avance doucement, le poitrail en avant, la tête haute et tendue vers l’avant. Je crains le moment où ma poitrine va toucher l’eau comme un humain craindrait de mouiller son nombril : passage sensible. Mais finalement, rien. Je sens que l’eau reste à la bordure de mes plumes sans jamais venir mordre ma peau de sa morsure glaciale. Encore une fois, je suis très surprise et, si je n’étais pas une oie, j’aurais les yeux écarquillés et les sourcils relevés ! Au lieu de ça, je flotte sans le moindre effort, bercée par les vagues. Je sens le soleil me chauffer le plumage pendant que je contemple l’horizon et ses limites, en demandant quelles merveilles il pouvait y cacher, tout en sachant que je pourrais facilement l’atteindre en volant. Je me sens calme, sereine, complètement détendue. J’abadonne complètement mon corps au gré des vagues qui montent et qui descendent. Je suis de nouveau toute légère. Alors, je pose mon long cou et ma petite tête sur mon dos et me laisse somnoler tout en écoutant le bruit sauvage du vent et paisible des vagues…

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Re: Exercice 3 - Oies sauvages

Message par Admin le Jeu 16 Fév - 13:24

Superbe récit riches en sens et émotions mais comme tu le verras dans la correction de cet exercice de la leçon n°4, il ne fallait pas se transformer en oie ou en poisson mais rester un humain et vivre l'expérience imaginée en tant que humain.
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